Septembre 2004

Vendredi 10 septembre 2004, il est 18h30

Bonsoir à tous,

Nous venons d'arriver de Guatemala City, tout va bien y compris mon oreille !

Bonne visite chez le spécialiste, bonnes explications et bon début de traitement , à suivre....

Je vous en dirai plus long probablement demain, nous sommes un peu fatigués du voyage alors on mange une bouchée et au dodo.

À bientôt,

Samedi 11 septembre 2004

Bonjour à tous,

Nous allons bien et nous sommes bien à l'abri des ouragans. Des gens que nous avons rencontrés au cours de notre voyage ont eu moins de chance que nous et voici les derniers messages qu'ils nous ont envoyés :

8 septembre, 11:30h.

Bonjour à chacun,

J'avais très hâte de vous donner des nouvelles.  Nous allons très bien Robert et moi malgré une fatigue intense.  Soliton ça va aussi.  Nous avons subi un ouragan de force 3 ce qui signifie que des vents de plus de 100 Km heure nous ont fouettés de 14 heures hier à tard hier soir avec le plus fort entre 16 et 17 heures.

Hier je ne pouvais pas communiquer car les ondes ne passaient pas. 

Bon voilà la situation actuelle.  Dans la baie nous sommes à peu près une quarantaine de bateaux.  La majorité se sont retrouvés dans les mangroves comme nous, les ancres ont lâché.  Personne n’est blessé à ce que je sache.  Certains bateaux sont des pertes totales.  D'autres se sont coincés entre eux, d'autres coulent d'heure en heure.  Nous avons été chanceux  de notre côté.  Aucun bateau ne nous a touché.  Nous n'avons aucun bris majeur à première vue.  Le problème pour l'instant c'est que nous sommes coincés dans les mangroves dans quatre pieds d'eau.  Notre annexe a bien fait plusieurs pirouettes à l'envers puis à l'endroit et on recommence avec son moteur s.v.p. puis il s'est brisé. Celui de Soliton volait sur son pont et retournait à l'eau et refaisait ce petit jeu avec son moteur s.v.p. C'était terrifiant ! Entendre le bruit que le vent faisait et la pluie qui tombait en trombe c'est indescriptible.  Mais nous étions accotés dans les mangroves donc l'Aquarel ne faisait que gîter. Les arbres se tordaient dans tous les sens, certains on été déracinés; plusieurs maisons ont été endommagées et des débris volaient en hauteur. Nous espérions que aucun débris ne touche le bateau.  Puis il y a eu une accalmie de quinze minutes et cela a recommencé en décroissant dans la soirée.  Puis la noirceur vers sept heures;  l'île n'avait plus d'électricité alors on ne voyait que quelques lumières sur les bateaux. 

Nous avons dormi tant bien que mal et ce matin nous avons pu évaluer la grandeur du désastre.  Les bateaux sont sales et jonchés de feuilles et de petites branches.   Voir tous ces bateaux en péril, c'est épouvantable.  Puis sortant de notre léthargie, quelques bateaux ont réussi à se sortir de leur fâcheuse position et se sont mis à l'ancre dans le milieu de la baie un à un.  La plupart ne peuvent pas bouger.

Il y a de l'entraide qui s'installe.  On essaie de se donner des informations. Les plus endommagés, les équipages ont abandonné le bateau.  Nous avons de l'eau, de la nourriture et du diesel pour alimenter le moteur donc notre énergie.  Nous allons voir au fil des heures l'évolution.  Nous ressortirons le bateau de l'eau pour une inspection. 

Pour l'instant je ne peux en dire plus. 

Dans l'île (Grenade) c'est la désolation. Il n'y a plus d'eau, d'électricité ni de téléphone et que dire des provisions.  Des gens ont perdu leur maison.  Nous voyons des débris dans la montagne.      

Nous allons communiquer avec nos assurances aujourd'hui pour obtenir de l'assistance.  

Le danger est passé; le reste c'est du matériel.  Nous prendrons des dispositions. 

On vous tient au courant.

On vous embrasse

Jocelyne et Robert.

Bonjour,

Ce que je vais vous raconter aujourd'hui est à peine croyable.

Nous avons une chance inouïe. Après avoir vécu l'enfer, ce que je vois et j'entends aujourd'hui dépasse l'entendement.  Je ne sais pas ce que vous voyez ou entendez aux nouvelles mais ici, c'est un désastre complet.  Depuis quarante ans, il n'y avait pas eu d'ouragan et il fallait qu'il arrive la même année que l'Aquarel.  Nous recevons des informations par petites brides.  Des bateaux dans d'autres baies font des relais d'informations.   On nous dit que St-Georges est ravagé, que les édifices du gouvernement sont soufflés.

Même le lagon est un vrai désastre pour tous les bateaux là-bas.  Toutes les marinas ont été ravagées dont celle où nous étions il y a à peine une semaine pour le carénage.  Justement à cette marina, deux cents bateaux sur terre se sont couchés en entremêlant leurs mâts.  Dans toutes les baies, il  a des bateaux coulés, des bateaux appuyés les uns sur les autres ou d'autres dans les mangroves. Certains ont été repoussés vers la mer quand les ancres ont lâché et ils se sont échoués sur les récifs dans les entrées de baies.   Tous les bateaux ont des dommages; des chanceux comme nous, les dommages sont légers mais pour d'autres, même s'ils sont à flots, la liste des réparations est très longue : des chandeliers, des voiles, des panneaux solaires, des éoliennes, des amarres, des perches d'homme à la mer, de l'accastillage, des girouettes, des anémomètres, des arches, des défenses, des filières et bien d'autres choses.  En faisant un tour dans notre baie ce matin, nous avons pu prendre la mesure des dégâts sur les bateaux et sur terre autour.  Nous étions vraiment dans l'œil de l'ouragan.   Les maisons les plus modernes ont tenu le coup mais toutes les autres ont perdu des sections.  Les arbres sont arrachés; des débris se voient dans toutes les montagnes. 

Nous savons qu'il y a des secours qui s'organisent à St-Georges.  La Croix-Rouge est là pour distribuer des médicaments et de l'eau potable.  Deux bateaux de l'armée française et de l'armée britannique sont là aussi pour offrir de la nourriture et de l'aide aux gens de l'île.  Il y a aussi des besoins de sécurité car il y a du pillage en ville.  On ne sait pas quand nous aurons du ravitaillement.  Sur l'Aquarel, nous pouvons tenir encore longtemps. 

Dans notre baie, les gens de bateaux s'organisent. Tout le monde se parle et se préoccupe de tous et chacun.  Certains capitaines dont le bateau est dégagé ont fait le tour des bateaux pour prendre en note l'aide et les besoins de chacun, vérifier si tous ont de la nourriture et de l'eau potable.   J'ai offert d'envoyer des courriels pour rassurer les proches.  D'autres offrent à faire de l'eau potable pour aider ceux qui en manquent.  Un capitaine nous a offert de plonger pour dégager notre hélice d'un câblot; un autre nous a tiré plusieurs fois pour essayer de nous dégager des mangroves, sans succès malheureusement.  Plusieurs bateaux français nous entourent.  Certains ont déjà demandé de l'aide et ce week-end, des barges et des grues s'amènent de Trinidad.  Tous s'encouragent car vivre un événement semblable rapproche les gens.  Entre temps nous tentons toujours de nous dégager.  Une fois à flots, nous pourrons vérifier les instruments et la mécanique. 

À première vue, le bateau va très bien à part quelques égratignures;  il a besoin d'un bon nettoyage mais bon, c'est rien. C'est l'annexe et le moteur qu'on devra remplacer. 

Je ne pensais jamais que nous allions vivre un ouragan et surtout pas ici. 

Quelle chance nous avons eue!

 Nous verrons dans quelques jours, quelles décisions il faudra prendre.  L'île va se reprendre en mains mais je crois que ce sera très long.  Il n'y a pas encore d'électricité, ni d'eau potable, ni de téléphone.  C'est absolument incroyable !

Nous devrons changer d'île pour nous réapprovisionner.

 Nous avons eu la chance de choisir la meilleure des baies pour faire face à un ouragan.

 Nous ne le croyons pas encore.

On pense à vous

 Jo et Robert

10 septembre.  10:00 h.

D'être radio-amateur, ces jours-ci, prend toute son importance.  Nous pouvons établir des contacts avec Le Réseau des petits bateaux, Gerry, fidèle au poste nous accueille chaleureusement et nous donne priorité dès qu'il nous entend.  Le réseau du Capitaine, avec nos correspondants habituels, fait de même.  Nous apprécions énormément leur soutien. 

C'est grâce à Gerry ce matin que nous avons pu faire parvenir une liste d'aliments à un voilier québécois, Sloopy, qui est en Martinique et qui essaie de nous rejoindre le plus tôt possible.  Nous avons demandé des aliments de base pour aider tous les bateaux qui sont ici.  Comme les bateaux privés ne peuvent entrer à Grenade, nous ne savons quand il arrivera.  Nous n'avons aucun secours de terre, ils sont débordés. 

De plus l'aéroport est fermé sauf pour les secours. 

C'est ainsi que nous essayons de nous organiser entre nous.  Nous comptons nos œufs afin de les garder pour faire du pain.  L'eau potable est accessible à des bateaux qui ont un déssalénisateur.  Des amis ont trouvé des fruits par terre sur les routes :  noix de coco, des oranges, des citrons, des pommes grenade;  ils les ont partagés  Nous faisons très attention à l'essence ( annexe ) et au diesel qui permet l'énergie nécessaire pour les communications, les frigos, les batteries.  Bon voilà nous rationnons le plus possible. 

La réalité nous rattrape car nous sommes sans savoir quand les services seront disponibles. 

Nous avons eu malheureusement de mauvaises nouvelles pour Guy et Louise qui sont au Québec présentement.  Leur bateau Images, avec qui nous avons voyagé de longs mois, était à Grenada Marine en cale sèche;  il est tombé, le mât est cassé et sa coque à tribord est percée, d'autres bateaux sont tombés sur lui.  Comme dans toutes marinas , bien peu de bateaux ont tenu dans cet ouragan.  C'est un désastre ! Leur rêve vient de s'arrêter.  Ils ne peuvent même pas venir ici car les avions ne viennent pas pour l'instant.

Soliton, le troisième acolyte de la flottille, est à flots, à côté de nous.  Ses dommages sont assez importants mais le bateau peut naviguer.  Son arche est tordue ainsi que l'armature du dodger, ses panneaux solaires sont brisés, ses marches de descente à l'eau sont arrachés et ce n'est qu'une partie des dommages.  L'Aquarel semble avoir été protégée des dieux;  dès que nous serons libérés des mangroves, nous saurons si nous sauvons notre gouvernail.  C'est notre préoccupation pour l'instant puisque nous sommes bien assis dans la vase.  

De mon bateau je vois un magnifique catamaran qui coule un peu plus chaque jour.  Un voilier de l'autre côté de la baie a réussi avec une pompe à sortir l'eau de son bateau;  je ne peux imaginer les dégâts à l'intérieur de ce bateau.

Tous les bateaux de la baie restent solidaires.  C'est une question de temps.

Pour alléger l'atmosphère, nous avons le soir un bal de lucioles dans les mangroves et autour du bateau. 

 GRANDE NOUVELLE!!

 A trois heures trente-cinq cet après-midi l'Aquarel  été libérée des mangroves à la faveur de la marée haute et avec un remorquage d'un bateau français RainMaker, Jean-Phi et Mel qui essayaient pour une deuxième fois de nous sortir de notre position fâcheuse et aujourd'hui c'est réussi et tout en douceur.  Nous avons sauvé notre gouvernail et notre hélice. 

C'est la joie pour nous.  Nous recommençons à respirer, c'est tellement bon de flotter.  Je me réconcilie avec cette nature imprévisible.

Mon capitaine aurait bien besoin d'une bière mais nous n'en n'avons plus depuis plusieurs jours.

 On vous embrasse

 Jo et Robert

11 septembre

GRANDE  NOUVELLE !!

Aquarel est dégagée des mangroves depuis 15 :35h hier à la faveur de la marée montante avec l'aide de RainMaker, un bateau français dont l'équipage est d'une générosité débordante.  Ils nous ont tirés pour une deuxième fois, après avoir bien établi la façon de faire pour prévenir les bris.  Tout doucement, au premier essai, l'Aquarel s'est glissé en dehors des mangroves.  Nous étions étonnés et en même temps très excités.   Le soulagement ressenti est indescriptible.  Tout semble bien répondre, le gouvernail, l'hélice et les instruments.  Les gens applaudissaient sur les bateaux pour saluer une nouvelle victoire.  Nous sommes maintenant seize sur l'eau, il en reste seize dans les mangroves, il y a un catamaran de couler, deux ou trois bateaux ont quitté la baie et il y a trois catamarans locaux pour des randonnées touristiques qui sont sérieusement endommagés.   Nous sommes le dernier voilier à pouvoir sortir finalement des mangroves sans grue.  Les autres sont très accidentés ou hautement perchés. 

Le moral de tous tient bon.  

Puis vers la fin de l'après-midi, c'est l'arrivée, de Trinidad, du catamaran britannique Zingano, Léonie et Jérémie, que nous avions connus à Prickley Bay à la fin août.  Ils se sont offerts pour transporter des réserves de nourriture, d'eau et d'essence, venant d'une association de gens de bateaux de Trinidad.  Ces vivres sont distribuées gratuitement aux voiliers dans différentes baies du sud de la Grenade.  Ils ont fait généreusement ce voyage de 80 milles nautiques pour aider les  gens des bateaux.  Nos retrouvailles ont été très émotives.  Ils étaient heureux de nous retrouver sains et saufs ne sachant pas où nous nous étions réfugiés.  Ils nous ont offert de nous prêter une annexe de réserve et un moteur en attendant une possibilité d'achat pour nous.  Ce sont encore des gens formidables qui nous attendront à notre arrivée à Trinidad. 

Pour l'instant nous resterons ici encore car nous voulons offrir le gîte à nos amis du bateau Images qui viendront à Grenade dès que l'aéroport sera ouverte aux civils.  Après nous partirons pour Trinidad jusqu'à la fin d'octobre.  C'est là que nous sortirons le bateau pour inspection. 

Malgré tout le décor qui nous entoure, sachez que les gens sont d'une extrême gentillesse autour de nous. Un lien nous rattache, la survivance. 

Une autre chose extraordinaire arrive, l'association des radio-amateurs  s'est organisée pour nous donner un temps d'antenne illimité et une priorité d'appel avec des heures supplémentaires.  Nous avons une liste de noms de bateaux québécois et français dont on nous demande des nouvelles.  Nous essayons de savoir ici mais aucune marina ne répond.  Nous aimerions pouvoir rassurer ce gens mais c'est très difficile.  Peut-être que demain nous irons en voilier à Prickley pour faire un tour de reconnaissance.  Nos communications sur la VHF ne passent pas très bien en dehors de notre baie. 

L'électricité n'est toujours pas revenue.  De plus nous avons organisé une surveillance sécuritaire dans la baie car comme vous le savez la prison n'est plus et tous les prisonniers se sont évadés.  Donc nous restons en permanence sur le 16, nous fermons les bateaux le soir et nous avons convenu d'utiliser la corne de brume si un voilier a besoin d'aide la nuit. 

Notre petite communauté nautique est pleine d'énergie. 

Il y a quelques enfants sur les bateaux et des chiens.   Nous essayons de rendre tout le monde le plus confortable possible. 

Depuis le 9 septembre, il fait beau soleil, le temps est calme comme si rien ne s'était passé.  Nos nuits sont étoilées à souhaits.

De petits avions survolent l'île;  je crois que certains sont rattachés à des services venant des autres îles.  Trinidad n'a pas été touché selon Zingano.

Hier soir un immense voilier français a fait son entrée dans la baie;  c'est un trois mâts de plus de cents pieds de long.  Appelé en ami par un capitaine de catamaran de notre baie, il vient tenter de porter secours aux bateaux encore dans les mangroves.  Et ce soir il y a six bateaux de plus qui flottent. 

Ils ont invité tout le monde de la baie pour faire la fête.

 On vous embrasse

 Jo et Robert

Le moral va mieux.

 Bonjour à tous

 Suite de notre histoire.

12 septembre

Aujourd'hui nous faisons une expédition à Prickey Bay.  Nous allons à la recherche de bateaux québécois dont on nous demande des nouvelles.  Nous nous rendons à Spice Island Marina, celle de notre carénage.  C'est un vrai cauchemar.  Presque tous les monocoques sont par terre entremêlés les uns aux autres.  Plusieurs mâts sont brisés au milieu de nombreux débris, des voiles déchirées et des cordages pendouillent.   C'est très impressionnant de se promener dans ce chantier.  Les bateaux sont tombés les uns sur les autres.  Et que dire qu'en on pense que l'Aquarel était là encore, quatre jours avant Ivan.  À notre emplacement, évidemment les voiliers étaient tombés.  À terre c'est le désarroi!  Cette marina a été soufflée durement. 

Dans la baie, nous rencontrons un bateau qui arrive de Trinidad avec des sacs de provisions pour des bateaux dans Egmont Harbour.  Les bateaux français s'étaient organisés pour se faire parvenir des provisions.  Il nous demande si nous pouvons leur apporter.  Et nous embarquons le tout avec des provisions en surplus.  Arrivés dans la baie nos capitaines de l'Aquarel et de Soliton commencent à faire la distribution.  Nous sommes claqués;  ce que nous voyons dans les autres baies en passant n'est pas très réconfortant.  Des épaves sur des récifs, des bateaux à l'envers, des bateaux grimpés au flanc des montagnes mais une chose est présente partout c'est l'entraide.

Quelques voiliers ont commencé à quitter l'île vers Trinidad.  Nous avons su qu'à Trinidad, il y a un comité d'accueil qui s'organise.  À cinq milles des côtes, les bateaux s'annoncent et ils mettent à leur disposition des services de remorquage si nécessaire tout en les guidant vers les marinas. 

Ouf!  La journée tire à sa fin et mon capitaine s'est trouvé quelques bières.

13 septembre

Ce matin nous saluons nos compagnons de fortune dans la baie;  Soliton et l'Aquarel partent de leur trou à ouragan.  Nous nous rappellerons que les mangroves ont été notre planche de salut.  Les équipages des bateaux tentent de garder le moral mais tous et chacun ont des moments de découragement, des cauchemars;  les sanglots remontent très souvent dans la gorge.  Le choc a été solide.  C'est pourquoi chaque petit geste d'amitié est si apprécié comme ma distribution de muffins hier après-midi.  D'autres ont offert de plonger pour vérifier l'état d'une hélice ou défaire une corde sous l'eau, envoyer des messages et tant d'autres choses.  Nous regrettons de laisser derrière nous des bateaux en mauvaise posture.  Ils attendent l'arrivée d'une grue pour les sortir.   

Nous avons quitté Prickley Bay pour nous rendre à Mt Hartman Bay; une heure de navigation et nous y arrivons.  Il y a là un mini-cargo qui a apporté du diesel de Trinidad pour les plaisanciers.  Nous faisons nos pleins avec espoir de tenir encore longtemps.  En changeant de baie nous rencontrons de nouvelles personnes et toutes sortes de nouvelles nous parviennent.  Certains bateaux apprennent que leurs assurances sont des assurances bidon, voilà un dur coup dans ces circonstances.

Un resort 5 étoiles est complètement dévasté, dans Grand Anse.  La ville de St-Georges semble complètement détruite.  Les gens sont encore sans électricité.  Les maisons sur l'île sont détruites où abîmées dans 95% des cas. 

Il est difficile de voir dans combien de temps cette île pourra reprendre une vie normale.  La population d'ici tout comme celle des bateaux a subi un choc terrible.  Les gens sont découragés.  Bien sûr plusieurs bateaux pourront se déplacer vers d'autres îles mais les gens d'ici, eux, devront se rebâtir.  Nous espérons qu'ils recevront de l'aide des grands pays car cela va prendre du temps, du matériel et énormément de courage.  Leur environnement à ce jour est désastreux.  La nature les aidera mais il faudra beaucoup, beaucoup de temps. 

Au moment où j'écris ces lignes une première grue sur une barge fait son entrée dans la baie.  Elle vient de Trinidad.  L'espoir va renaître pour ceux qui attendaient.

Voilà où nous en sommes

On vous embrasse

Vos mots d'encouragements à tous sont des baumes de douceur dans notre journée.

Jo et Robert

Bonjour à tous

Les jours passent mais la désolation reste.  L'ampleur des dommages sur l'île est indescriptible.  Il y a un couvre-feu qui est décrété ici de 18 heures à 6 heures. Question de sécurité.  Merci encore pour tous vos encouragements.  Nous sommes bien.  Nous faisons notre eau et notre pain.  Nous avons encore des provisions.  Certains voiliers sont venus de Trinidad pour apporter de la bouffe, de l'essence et du diesel aux bateaux de Grenade. Les gens sont très solidaires.  On fait de notre mieux. 

L'aide qu'on reçoit à bord des bateaux vient uniquement des bateaux, rien de terre.  Alors il fallait s'organiser ensemble et grâce à la radio amateur et à certains qui avaient un téléphone, toute l'aide possible s'est organisée avec la Martinique et Trinidad.

14 septembre

Nous sommes à MT Hartman Bay.  Nous y avons passé la journée.  Robert et Gérard ont marché jusqu'à Spice Island Marina pour aller cueillir de nouveaux renseignements sur des bateaux québécois.  Ils constatent qu'il y a une certaine sécurité dans le chantier et que des efforts sont faits pour rendre leurs bureaux opérationnels le plus rapidement possible.  Il faut d'abord refaire le toit du bâtiment.

Leur marche à terre leur a permis de constater les dégâts sur terre.  Des ambassades endommagées sérieusement, des commerces, des résidences, des débris partout. 

Ils ont découvert une base médicale installée dans des locaux de la marina de Hartman Bay.  Cette équipe, médecins et infirmières, vient de la Martinique.  Ils visitent certains bateaux et on peut aller les voir à terre.  Ils aident aussi à l'hôpital de St-Georges durement touchée.  Nous ressentons les effets physiques et psychologiques de toute cette aventure.  Une grande fatigue s'est installée et les courbatures sont omniprésentes. 

Des bateaux arrivent encore de Trinidad avec des provisions.  Il y a encore beaucoup de bateaux à remettre à l'eau et le travail se fait très lentement.  Comme les gens demeurent sur leur bateau, il faut absolument les aider.  Il y a aussi la question de sécurité; dans la baie où nous sommes, il y a des quarts de garde de nuit.  Les capitaines essaient de protéger du vandalisme les bateaux qui touchent la terre.  À la brunante surtout, des locaux essaient d'y pénétrer.  Dès qu'un capitaine sonne l'alerte,  plusieurs d'entre eux se rendent près des bateaux menacés afin de décourager toute tentative d'y pénétrer.  Il y a de l'électricité dans l'air mais pas dans l'île.

Aujourd'hui nous avons eu la visite d'un ajusteur d'assurances.  Nous avons passé un bon moment ensemble.  Il nous a expliqué la procédure.  C'est une première étape. 

Nos amis d'Images arrivent dimanche aux dernières nouvelles.  Nous serons là pour les accueillir.  Plus tard nous partirons pour la Trinidad.   

15 septembre

Ce matin je fais du pain.  Zingano le catamaran qui est venu porter secours de Trinidad a certaines réparations à faire.  Dans tout le branle-bas des gens qui allaient sur leur bateau, il y a eu plusieurs bris qu'ils veulent réparer avant de retourner.  C'est maintenant eux qu'il faut aider, leurs propres provisions baissant.  Je leur porterai du pain ainsi qu'à Soliton. 

Une visite à la marina Martin de Mt Hartman Bay m'a fait entrevoir une autre série de désastres.  Dans cette toute petite marina, il y avait bien une vingtaine de bateaux tous attachés aux quais avec de nombreux câblots.  Malheureusement l'ouragan aura eu raison sur tous leurs efforts.  Deux voiliers sont complètement coulés, dont un de 60 pieds, et un catamaran est à l'envers.  Presque tous les bateaux ont des dommages sur la coque car ils ont été fouettés si durement que les coques et les listons ont été grugés par le frottement aux quais sans compter les dommages aux voiles et aux annexes.    

Les gens de la marina s'affairent à replacer un nouveau toit sur le restaurant de la marina.  D'autres ramassent les débris et font des feux pour les brûler, Des navigateurs ont organisé un centre de distribution de nourriture et d'eau.  Déjà huit jours mais la vigilance des navigateurs ne relâche pas.

On vous embrasse

Jo et Robert