AVRIL 2004

 

Lundi, 5 avril 2004

Position:   23 46.25 N

           076 07.00 W

ADDERLEY CAY, EXUMA, BAHAMAS

Nous avons quitté Staniel Cay vers 08h30 ce matin et la journée a été magnifique. Le soleil est au rendez-vous.

Un vent léger de 9- 10 nœuds au portant et tout le trajet au moteur uniquement c'est ça faire de la voile ! Il est actuellement 17h00 et nous venons de jeter l'ancre dans un endroit très protégé, nous n'aurons donc aucune inquiétude pour la nuit. Nous sommes seuls dans ce mouillage.

Gaétan a pris 2 barracudas avec ses lignes à la traîne, un trop grand que nous avons rejeté et un assez petit pour que nous acceptions de le manger, car ce sont des poissons qui sont à risque, ils peuvent être contaminés par une toxine, la siguatéra. Plus ils sont gros plus le risque est élevé alors nous ne prenons pas trop de risque avec le petit.

J'ai passé beaucoup de temps à entrer toute une série de points GPS dans notre système de navigation pour la route à venir qui se dessine tranquillement.

Voilà pour aujourd'hui.

Mardi 6 avril 2004

POSITION;     23 30 39 N

             076 45 80 W

GEORGETOWN, BAHAMAS

Nous avons quitté ADDERLEY vers 09h00 ce matin, nous avons eu une belle journée ensoleillée avec un vent très léger 6-7 nœuds  est, -sud-est, ce qui nous a fait faire du travers et du près mais nous n'avons pas utilisé le moteur.

Nous avons jeté l'ancre dans la piscine ( c'est à cause de la couleur de l'eau que je dis cela ) vers 17h00.

Nous avions nos lignes à la traîne mais nous n'avons rien pris.

Nous n'avons pas vu beaucoup de pavillons canadiens dans le mouillage, la majorité des Québécois sont sur la route du retour vers le Québec.

Mercredi 7 avril 2004

Ce matin, nous nous rendons à la clinique médicale, je veux une consultation auprès d'un médecin pour avoir une solution à mon problème d'otites.

Lorsque nous arrivons à la clinique, il est 09h15, la clinique ouvre ses portes à 09h00, il y a 23 inscriptions avant moi, je me dis que j'y passerai la journée… Mais non, à 12h15 je quitte la clinique avec une nouvelle prescription d'antibiotiques avec moi après avoir été examinée par un médecin.

Je vous raconte un peu l'atmosphère dans la très petite salle d'attente où Gaétan et moi sommes bien entendu en minorité ethnique !

D'abord tout le monde semble se connaître et les discussions sont très animées, on se croirait bien plus dans un café, une réunion de famille ou quelque chose du genre. Chaque fois qu'une nouvelle personne entre dans la salle d'attente, elle dit bonjour à tous, haut et fort et tout le monde répond. Les enfants sont pris en charge par tout un chacun et le temps file sans qu'on s'en aperçoive trop trop car chacun se fait appeler à tour de rôle, pour la prise de poids, la prise de la tension, l'analyse d'urine et finalement le médecin. Il faut vous imaginer une pièce d'environ 9 par 12, où heureusement il y a l'air climatisé, et où se passe un défilement constant de tout ce beau monde sans que les conversations n'en soit trop affectées. Une autre réalité, qui n'est pas la nôtre : les gens se touchent beaucoup, il y a de nombreux contacts physiques chaleureux entre ces gens et cela semble naturel dans leur façon d'être. Une expérience à vivre ! Que j'imagine plus facile si l’on est l'accompagnateur de la personne qui a besoin de soins !

Le reste de la journée je n'entreprends pas grand chose le repos étant de mise pour moi. Gaétan lui, commence à réinstaller le boom-vang sur lequel il doit changer une pièce.

Jeudi, 8 avril 2004

Après le déjeuner, l'écoute de la météo et du Réseau du capitaine nous nous rendons à terre. Gaétan s'occupe de porter une bouteille de propane à faire remplir et retourne ensuite au bateau alors que j'ai des commissions à faire. Trouver le bureau de poste, j'ai une lettre à poster, $1.30 pour le Canada, je ne sais pas le temps que prendra cet envoi mais j'espère au moins que le destinataire recevra ma carte de souhait. Je cherche ensuite à quel endroit je peux trouver des cartes et guides pour la navigation. C'est à l'épicerie que l'on trouve un minimum de cartes et dans une boutique cadeau pour les quelques guides disponibles mais rien de ce que je recherche. Je voulais ensuite aller à la banque changer des $$ en petites coupures car on nous a informé que pour Cuba ce serait plus facile, mais comme il y a le congé de Pâques demain et lundi, la file d'attente se prolonge jusque dehors, je tenterai d'y retourner plus tard dans la journée.

Gaétan vient me chercher à midi, nous rentrons au bateau où, après avoir dîner, j'écris un peu et Gaétan, lui, est toujours à la tâche pour la réparation du boom-vang.

Vendredi, 9 avril 2004

Ce matin après avoir écouté la météo, nous ne savions plus quoi décider. Nous souhaitons naviguer avec le vent et le moins possible utiliser le moteur mais la situation ne le permettra pas toujours, c'est du moins la conclusion à laquelle nous sommes arrivés.

Aujourd'hui et pour encore 2 jours les vents sont calmes, après, il devrait y avoir des vents forts mais bien sûr pas de la bonne direction par rapport à là où nous allons.

Nous avons donc envisagé de faire toute la distance qui nous sépare actuellement de Cuba, soit 200 milles, d'un trait mais au moteur. Non, quand même ce serait beaucoup ! Nous avons aussi pensé attendre que le mauvais temps passe. Oui, mais après, qu'est ce qui viendra, c'est de l'inconnu qui peut très bien ne pas être plus favorable ! Nous avons jonglé comme cela pendant 1h30 et finalement notre décision prise, nous avons levé l'ancre à 10h00 et à voile, avec le DRS, et un peu de moteur pour terminer la journée, pas si mal quand même, nous avons fait un premier bout du trajet et nous verrons à chaque jour ce qu’il est possible de faire.

Ce qui est difficile, c'est de décider malgré un grand inconnu, le temps qu'il va faire,  la progression que l'on veut effectuer tout en tenant compte de la protection que l'on peut trouver dans les différents points d'ancrages disponibles.

Le soleil est très présent toute la journée et la chaleur est aussi de la partie, il fait 30.0 degrés au frais dans le bateau!

Il est  17h15  , nous jetons l'ancre à THOMSON BAY, à l'île LONG ISLAND .

Position  23 20.965N

         075 08.831W

Samedi, 10 avril 2004

Il n'est que 07h00 lorsque nous levons l'ancre, la nuit a été très calme et sans vent. Ce matin, même scénario. La mer est complètement à plat et le ciel est couvert mais la chaleur, elle, est bien présente.

Nous ferons une journée au moteur.

Nous naviguons sur une assez longue distance au milieu de rien du tout avec sous la coque à peine 7 à 10 pieds d'eau.

La couleur de l'eau est extraordinaire, ce n'est pas le bleu turquoise auquel nous sommes habitués, ni le bleu profond de l'océan, c'est quelque part entre les deux et plus tard lorsque le fond s'éloigne un peu de la surface à 30 pieds nous voyons tout ce qu'il y a sous l'eau comme s'il n'y avait qu'un léger filtre de ce magnifique bleu… C'est très beau et on s'en rempli la vue tant que l'on peut.

La journée et les milles s'enfilent doucement si bien qu'à 15h45 après, 8h45min de moteur nous jetons l'ancre à FLAMINGO CAY, dans la chaîne des JUMENTOS CAYS, BAHAMAS.

Position ;    22 52.75

             075 52.21W

Gaétan est à l'eau le temps de le dire et il remonte en me demandant si je veux un grooper pour souper, il y en a un juste sous la coque, à suivre…

Dimanche de Pâques, 11 avril 2004

Ce matin, déjeuner aux crêpes, il faut bien fêter un peu !

Nous partons à 09h00 convaincus que nous devrons faire le trajet au moteur mais la météo étant ce qu 'elle est, le vent se lève un peu plus tôt que prévu et c'est avec un beau 15 nœuds que nous voguons vers notre prochain point d'ancrage.

L'eau, toujours aussi belle, prend cette fois une teinte émeraude.

Cette partie des Bahamas n'est pas aussi bien cartographiée selon ce que nous précise notre chartbook aussi, à l'approche de notre mouillage, je me poste à la proue de façon à pouvoir indiquer à Gaétan d'éventuelles têtes de coraux. Tout se déroule parfaitement bien.

Nous nous arrêtons donc vers 16h00 et nous ne sommes pas surpris d'être seuls dans ce mouillage, ce chapelet d'îles est assez peu fréquenté.

Nous vérifions encore une fois les prévisions météo afin d'avoir la tête tranquille pour la nuit à venir.

En remontant ses lignes à la traîne, Gaétan est étonné d'y trouver un tout petit poisson. Il tente de l'identifier à partir de notre documentation. En fera-t-il une partie de son souper ?

Le petit poisson est un "Sand Diver" qui n'est pas bon à la consommation!

En passant le grooper d'hier est demeuré chez lui, il était trop petit, tant mieux pour lui, zut pour nous !

À la prochaine et attention aux excès de chocolat.

Position  22 21.372N

         075 48.817W

RACCONN CAY, JUMENTOS CAYS,  BAHAMAS

Lundi 12 avril 2004

Aujourd'hui nous n'avons pas bougé car les vents sont de l'Est, sud-est et pour la route que nous devons faire nous l'aurions dans le nez, alors, on attend. Les vents favorables pour nous devraient être présents jeudi le 15. D'ici là on s'occupera à toutes sortes de choses.

Gaétan a démonté et modifié les 2 dorades qui coulaient en espérant que cela tiendra. Nous avons fait un test avec un sceau d'eau et ça semble étanche. Reste à voir ce que cela donnera avec la pression d'une vague qui s'écrase sur le pont.

De mon côté après ma petite routine d'entretien quotidien j'ai fait du bricolage, eh oui, un luxe que l'on ne se permet pas souvent lorsqu'on a une vie effrénée mais puisque j'ai le temps maintenant pourquoi me refuser ce plaisir ? J'ai confectionné 2 cartes de souhaits, c'est tout !

Ici dans les JUMENTOS, on est vraiment seuls et cela a un côté exotique mais aussi inquiétant :  les services d'urgence sont très loin pour ne pas dire inaccessibles ! Alors plus de précautions que d'habitude…

Dans les guides on nous dit que lorsqu'on choisit de passer par ici il faut être très autonome car il n'y a aucun service, pas d'eau douce, de diesel, de gaz ou de nourriture..

J'ai justement fait notre inventaire de frais ce matin et je devrai bientôt user d'imagination culinaire. C'est que pour entrer à Cuba, il semblerait que nous n'ayons pas le droit d'avoir de la viande, des fruits frais, des légumes frais et des œufs frais. J'ai donc fait une épicerie limitée afin de ne pas faire d'offenses mais surtout de ne pas perdre trop si l'idée leur venait de nous confisquer ce que nous aurons au moment de notre arrivé.

Mercredi, 13 avril 2003

Nous sommes toujours à RACCOON CAY, il fait beau et chaud, les vents toujours de l'Est sont légers.

 Ce matin j'ai travaillé sur un document qui donne des renseignements sur chacun de nous et sur le bateau, ce qui devrait faciliter les formalités d'entrer à Cuba.

Gaétan travaille sur l'accastillage, il y a toujours quelque chose à ajuster ou à modifier.

Nous avons passé l'après-midi à terre à marcher ( 2 heures) ; ça fait beaucoup de bien de se dégourdir un peu les jambes. Sur cette magnifique plage, il y a malheureusement trop de traces de notre civilisation, des plastiques de toutes sortes. C'est triste à voir. C'est la mer qui a transporté tout cela mais, il a bien fallu que quelqu'un dispose de ces déchets quelque part !

Au retour, nous avons préparé l'extérieur pour reprendre la mer demain, nous nous déplacerons très probablement pour mieux nous abriter d'un vent du Nord-ouest prévu demain soir.

Mercredi, 14 avril 2004

Nous nous sommes déplacés ce matin. Nous sommes actuellement à RAGGED CAY, l'île la plus au sud des Jumentos, Bahamas.

Position  21 10.35N

         075 43.77W

Nous avons bien fait puisque, comme prévu, le vent a tourné au Nord-Ouest et est devenu d'intensité de 25-30 nœuds vers 13h00. Nous sommes à l'abri et il devrait diminuer et tourner plus au Nord cette nuit. Nous prévoyons prendre la mer, la vraie, demain matin aux petites heures. Nous avons environ 10 heures ( 64 miles)de navigation à faire et nous voulons entrer de jour.

C'est notre dernière nuit dans les Bahamas, nous y avons passé 2 mois et 2 semaines. C'était notre deuxième séjour puisque nous y avions passé quelques mois l'hiver dernier et j'espère y revenir un jour car c'est magnifique.

Les Bahamas pour moi c'est d'abord et avant tout l'eau turquoise, mon île que vous avez vue en photo, ( petite île avec son unique palmier près de Norman), Rose Island bien entendu, la langouste et le grooper, le gâteau au rhum et la tarte au coco, la couleur rose des conches et de très bons souvenirs de moments partagés lors de belles rencontres.

Cuba, nous voici !

Jeudi 15 avril 2004

Nous avons quitté notre mouillage de RAGGED CAY à 06h00 du matin et avec un vent Nord de 15 à 20 nœuds nous voguons vent arrière, une allure qui n'est pas très confortable et qui nous oblige à installer le tangon pour positionner le Génois en ciseau, ce qui n'est pas une mince affaire vue les dimensions du bateau et de ce tangon, 4 pouces de diamètre par 20 pieds de long. Au cours de cette journée nous devons changer d'amure, donc tout enlever, changer les voiles de bord et tout remettre en place. Le vent tombe en milieu d'après-midi et nous utilisons le moteur pour nous assurer d'arriver de jour.

Gaétan hisse le drapeau de Cuba et juste en dessous le drapeau jaune qui signifie que nous n'avons pas fait notre entrée officielle. Je lui prépare un " cuba libre " pour célébrer cette arrivée. Moi je suis toujours aux antibiotiques alors, rien pour moi ! . Nous sommes heureux et nous avons un sentiment d'accomplissement car lors de nos derniers voyages de vacances que nous avons passées à Cuba nous nous imaginions abordant cette île par la mer, ce que nous réalisons aujourd'hui après de nombreux efforts.

Selon le guide que nous utilisons "CUBA A CRUISING GUIDE  de Nigel Calder" le port d'entrée le mieux positionné pour nous est "Bahia de Naranjo", nous y entrons vers 16h30 tout heureux d'arriver. Il y a là un grand aquarium et en arrivant des gens qui semblent être les employés de cet aquarium sont dans une grande chaloupe et ils viennent nous informer que cette baie n'est plus un port d'entrée. Nous devons donc reprendre la mer et nous diriger plus à l'Ouest environ 5 milles pour entrer à "Bahia de Vita". Cela nous décourage un peu mais nous n'avons pas le choix et nous faisons donc demi-tour.

Gaétan est à la barre et j'entre en vitesse afin d'entrer les points GPS dont nous avons besoin pour nous rendre sans problème à ce port. Nous ouvrons notre radio VHF sur le 16 et après quelques minutes à peine quelqu'un appelle "le bateau qui se dirige vers Bahia de Vita" en anglais pas tellement clair mais c'est mieux qu'en espagnol, en ce qui nous concerne. Je réponds et on me demande : le nom du bateau, d'où nous venons, notre nationalité, le nombre de personnes à bord et dans combien de temps nous entrerons à Bahia de Vita. Les gens de l'autre port les ont donc informés de notre arrivée.

Nous entrons dans cette baie et dès notre approche quelqu'un nous informe par VHF de la direction à prendre et nous guide jusqu'à un quai de la marina. Il est presque 18h00. Nous comprenons qu'il y a quelqu'un dans une tour qui peut nous suivre à la trace.

À ce quai nous voyons 2 autres bateaux québécois, ASTÉROÏDE B612 que nous connaissons, Diane et Gilles, qu'il nous fait plaisir de retrouver là, et un autre bateau, CIEL ET MER, Réjeanne et Denis. Ils nous donnent un coup de main pour nous amarrer car il faut y aller de reculons et notre bateau, à cause des ses 2 safrans avec son hélice au centre, n'est pas très manœuvrable.

Une fois bien amarrés, le médecin (25.00 $US) monte à bord le premier et nous pose quelques questions. Rien de bien compliqué. Viennent ensuite le responsable du port et le douanier (20.00 $US). Nous leur offrons une bière qu'ils acceptent volontiers. Nous leur avons préparé un document qui facilite les procédures. Après avoir complété plusieurs documents et fait un tour du propriétaire, tout ce beau monde repart et nous croyons que ce sera tout. Mais…

Nous décidons de demeurer au quai pour la nuit (on apprend plus tard que de toute façon nous aurions dû payer cette marina pour une nuit puisque nous avons dû l'utiliser pour les formalités) c'est la première fois depuis notre départ que nous prenons une marina, un peu malgré nous, il faut le dire. Il est un peu tard, nous soupons et au dodo.

Vendredi, 16 avril 2004

Nous avons passé une excellente nuit, sans bruit. Seul désagrément les No-See-Em (petits insectes piqueurs plus petits que nos brûlots). Après notre petit déjeuner 2 personnes viennent et demandent à monter à bord. Il y a le vétérinaire (5.00$US) et le représentant de l'agriculture (5.00 $US). On remplie d'autres papiers, ils inspectent, les fruits, les légumes, la farine, le riz, la viande congelée, les fromages et la viande en conserve. Ils sont très gentils et il n'est pas question de nous retirer quoique ce soit. Et j'ajouterais que leur inspection est plutôt sommaire. Bon ! C'est fait !! Non ce n'est pas terminé…

Il y a Ernestina qui vient nous accueillir avec quelques fleurs et nous dit qu'elle est la personne responsable des relations publiques qui nous dira tout ce que nous devrions savoir pour un séjour agréable à Cuba. À 2 reprises nous nous présentons pour la voir mais elle est occupée. Nous décidons de sortir nos bicyclettes afin d’aller faire un tour au village.

Les gens nous saluent. Dans une toute petite rue une femme nous aborde. Elle nous fait entrer chez elle et nous offre de nous préparer un repas pour 5.00 $US chacun. Et si nous voulons lui apporter notre lessive, elle la fera pour pas cher. Nous sommes dans le bain pour ce qui est de notre espagnol, ouf ! Nous lui faisons comprendre que pour le moment nous avons mangé et que si cela se présente, nous reviendrons lui dire à l'avance si nous désirons prendre un repas chez elle. Nous poursuivons notre route, un petit cochon traverse la rue, des enfants viennent à notre rencontre, une femme veut du savon et un homme demande 1$US. Lors de nos visites précédentes malgré nos contacts avec la population en dehors des grands hôtels nous n'avions pas été confrontés d'aussi près à cette mendicité, une réalité qui, semble-t-il, est de plus en plus fréquente ici compte tenu du développement touristique. Cela devient malheureusement une nouvelle réalité.

Nous rentrons à la marina et nous passons plus d'une heure avec Ernestina, une femme gentille et qui semble avoir son travail très à cœur. Elle nous explique le fonctionnement de la marina. Nous apprenons alors que même à l'ancre nous devrons payer (0.30 le pied alors qu'au quai c'est 0.65 $ du pied). Elle nous parle des différentes monnaies, le $ US, le peso cubain convertible et le peso cubain. Nous pouvons utiliser les 3 mais à des endroits différents. Il y a beaucoup de subtilités que nous découvrirons durant les jours à venir. 1 $US=26 pesos cubains. Elle nous indique également que nous avons d'autres frais tel que 15.00 $US par personne pour notre visa, valide pour 90 jours et renouvelable pour 25.00 $US au besoin. Il y a aussi un 10.00$ pour l'achat d'un timbre qui sera apposé à quelque part….Il y aura aussi un " cruising permit "  15.00$US et finalement lorsque nous quitterons le pays un dernier frais de 10.00$. Un peu compliqué tout cela mais voilà, c'est Cuba… Elle nous parle des transports, des tours organisés, des endroits à voir aux alentours, des endroits où l'on peut acheter des denrées, où l'on peut manger, des banques, là où l'on peut dormir, (pas chez un cubain non autorisé à recevoir des touristes) et bien d'autres petits aspects propres à Cuba !

Nous déplaçons le bateau vers l'ancrage et, après notre souper, nous recevons les membres des 2 autres bateaux québécois pour le café. Nous en apprendrons un peu plus car eux sont ici depuis 2 semaines.

Voilà, si vous avez des questions il me fera plaisir d'y répondre.

Samedi, 17 avril 2004

Aujourd'hui, c'est un jour récupération d'énergie d'une part et de menus travaux sur le bateau d'autre part.

De mon côté c'est le grand ménage, changement du lit, balayeuse etc. Je fais aussi du rangement, je cuisine un peu, je fais un gâteau pour mon chum, je planifie également un bon souper : pizza aux fruits de mer.

Gaétan, lui, modifie le tableau arrière du zodiac afin de pouvoir y adapter l'un ou l'autre de nos 2 moteurs hors-bord. Il doit aussi modifier la connexion d'un des boyaux qui n'est pas standard ce qui lui prends une bonne partie de la journée.

Nous décidons également de ce que nous voulons faire dans les jours à venir et nous allons trouver Ernestina qui doit faire les arrangements pour nous permettre de nous rendre à Guardalavaca dimanche matin avec un autobus de la marina qui va chercher des touristes à un hôtel pour une excursion en catamaran, ou pour la pêche à partir de la marina où nous sommes. Lorsqu'ils retourneront à leur hôtel nous en profiterons pour rentrer ici.

Dimanche 18 avril 2004

Les vents sont trop forts et la mer trop grosse, les excursions sont annulées. Nous n'avons donc pas de transport pour aller à Guardalavaca. Nous sommes un peu déçus mais c'est souvent comme cela lorsque l'on dépend de quelqu'un d'autre, alors nous verrons comment nous déplacer par nous même demain, cette fois pour nous rendre en ville.

Pour ce qui est d'aujourd'hui, les membres des 2 autres bateaux québécois proposent que l'on marche jusqu'à une certaine plage, histoire de voir un peu le paysage et de faire une belle randonnée. Rendez-vous après le dîner.

C'est parti. Nous traversons le village et nous empruntons un chemin de terre qui devrait nous amener à la plage. Nous devons d'abord monter et encore monter car ce chemin nous amène en haut d'une montagne.  Elle n’est pas trop élevée, mais sous le soleil cela nous demande de fournir une bonne quantité d'énergie. Nous nous arrêtons régulièrement pour reprendre notre souffle, mais surtout pour admirer les paysages qui nous entourent. C'est grandiose, magnifique. D'un côté toutes ces montagnes, de l'autre la mer. Vous l'aurez deviné, il faut descendre pour rejoindre la plage, mais il faudra aussi remonter… Il y a ici et là quelque fermes où les gens nous salut avec enthousiasme et trouvent curieux de nous voir marcher jusque là. Nous leur demandons si nous sommes bien sur le bon chemin.  Eh oui. Alors on poursuit. Nous marchons ainsi presque 2 heures. Une fois à la plage nous devrions traverser un cours d'eau pour y être vraiment, mais comme personne ne désire se baigner nous nous y reposons un moment.

Vient le moment de repartir. La route à faire nous semble assez longue. Devant cet état de fait, lorsque nous voyons passer un camion qui ressemble à ceux que l'on utilise pour transporter la terre, la boîte arrière est ouverte et tout le tour se trouvent des tuyaux auxquels les gens peuvent se tenir, (ce camion donc est déjà assez chargé des nombreuses personnes) nous lui faisons signe. Le conducteur s'arrête pour que nous puissions y monter. Les gens parlent entre eux, semblant émettre de drôles de commentaires à notre propos. C'est que, normalement, ils n'ont pas le droit de faire monter des touristes. Je peux vous dire que c'est loin d'être sécuritaire, d'autant plus que l'on circule en montagne sur une route de terre. Mais on apprécie de ne pas rentrer à pieds.

Le camion n'emprunte pas le même chemin que nous avons pris pour venir. Nous sommes un peu inquiets, mais l'on finit par comprendre qu'il nous laissera à la grande route et qu'il sera facile de marcher jusqu'à la marina.

Un moment un homme crie fort de façon à ce que le chauffeur s'arrête. Il descend et après un bon moment il revient avec une bouteille de rhum et un verre de plastique qu'il est allé chercher chez un cultivateur. Il nous disent qu'il s'agit d'un rhum spécial, verse une bonne quantité de rhum et l'offre d'abord à Gaétan qui en prend une bonne gorgée, ce qui fait réagir les Cubains par un grand éclat de rire. Le verre passe ainsi entre plusieurs mains et les Cubains le ramènent régulièrement vers Gaétan qui fait honneur à leur boisson. C'est la fête dans le camion.

Nous descendons heureux d'être à bon port. Tout le monde nous salue gaiement et nous faisons le reste du trajet à pieds. Surprise ! Les habitants nous saluent et nous demandent si nous avons aimé la plage ? Tout le village est au courrant de nos déplacements. On ne passe pas inaperçus dans une si petite communauté où nous sommes l'objet de curiosité.

Nous nous rendons au bar de la marina où la bière bien froide est bienvenue. Chacun rentre sur son bateau satisfait de sa journée.

Lundi, 19 avril 2004

Debout à 6h00 et rendus au quai de la marina à 06h45, nous avons pris Diane et Gilles à leur bateau en passant. Nous partons tous les 4 pour Holguin, la ville la plus près d'où nous sommes, environ 35km.

Nous marchons 30 minutes pour nous rendre à l'arrêt d'autobus. Il y a là un contrôleur, ce qui nous permettra d'embarquer plus facilement dans le bon autobus car ici il n'y a aucun panneau qui nous indique la destination de l'autobus qui s'arrête.

Nous montons dans un autobus vers 08h00. Le trajet nous coûte 3 pesos chacun, (je vous rappelle que nous obtenons 26 pesos pour 1 dollar américain, faites le calcul…)

08h30, nous débarquons près d'un stade et nous devons poursuivre à pied le reste de la distance pour nous rendre au centre ville. Objectif numéro 1 : un salon de coiffure dont Ernestina m'a donné le nom. Je voudrais avoir une permanente. Ils n'ont pas le matériel nécessaire, n'offrent pas ce type de traitement et ne connaissent aucun endroit où ce serait possible. Diane, elle, veut une coupe de cheveux. Puisque nous y sommes, je décide que mes cheveux ont également besoin d'une légère coupe, juste ce qu'il faut pour rafraîchir les pointes.

Nous tentons chacune de notre côté de faire comprendre ce que l'on souhaite. Après avoir payé, une coiffeuse nous prend en charge chacune de son côté. Je passe au lavabo pour un shampoing à l'eau froide. J'ai droit au shampoing et au rince puisque j'ai payé pour un service complet. Difficile de vous décrire l'atmosphère. C'est vieux et sans aucune décoration, très grand, plafond haut, froid presque militaire, pas du tout l'ambiance d'un endroit où l'on vient pour se faire plaisir, mais plutôt pour exécuter une tâche à laquelle on ne peut se soustraire.

Avec le peu d'espagnol que j'ai, je ré-explique ce que je désire à la coiffeuse. Une fois que nous nous sommes entendues, ça c'est beaucoup dire, elle sort son matériel d'un tiroir. Une veille cape de plastique qui a vu plusieurs clientes avant moi, de grands ciseaux de métal qui cliquent d'un drôle de son et qui n'ont rien à voir avec ceux de nos coiffeurs, et 2 pinces pour retenir les cheveux le temps de la coupe. J'appréhende un peu le résultat, mais elle semble connaître son métier. Et ma foi je sors de là plutôt satisfaite après la coupe et la mise en pli pour une somme de 16.5 pesos, soit environ  0.64 $US. Attention Benoît (c'est mon coiffeur), il y a une forte compétition !

Nous faisons ensuite quelques magasins. Il y a les magasins cubains où il n'y a pratiquement rien sur les tablettes. Depuis quelques années il y a des magasins où les prix sont en dollars américains, où tout le monde peut acheter. Là on y trouve plus de choses mais encore… L'inégalité entre ces 2 mondes est incommensurable. Le même phénomène existe également pour les restaurants.

Nous nous arrêtons le temps de se faire faire un manucure. Les gars aussi, pour la somme de 4 pesos chacun, soit 0.15$US.

Gaétan veut avoir des cigares, mais pas au prix des magasins. Alors on laisse entendre autour de nous que l'on cherche ce produit. Ça ne prend que quelques minutes avant que quelqu'un nous aborde. Les discussions sur la marque et le prix vont bon train. Lorsque Gaétan est d'accord avec ce qui lui est offert, il doit suivre le gars jusqu'à une maison d'une rue secondaire. Je les suis derrière et Diane et Gilles sont plus loin, si bien qu'on finit par se perdre de vue. , Moi, je ne veux pas quitter Gaétan des yeux alors je me dépêche et laisse les copains derrière. Comme je ne suis pas à l'aise dans ce genre de transaction, je suggère à Gaétan qu'il prenne immédiatement 2 boîtes et qu'on n'en reparle plus. Les gars n'ont pas la deuxième boîte sur place, mais ne veulent pas perdre cette occasion. Alors ils nous font patienter le temps que quelqu'un d'autre apporte la marchandise.

Je suis heureuse de reprendre le chemin de la grande place où il nous faut retrouver nos copains de voyage. Ce n'est pas bien long. On se retrouve et une fois que nous nous sommes excusés pour ce contre temps, nous allons dîner dans un restaurant dont les prix sont en pesos.

Il n'y a qu'un menu, alors le choix n'est pas trop difficile. Il y a le plat principal qui, ce jour là, est une mince tranche de steak roulée dans laquelle se trouve du jambon et du fromage. C'est très dur et difficile à manger. Il n'y a que Gaétan qui fini ce plat. Nous demandons une salade. C'est en fait du chou râpé et quelque morceaux de tomate, du riz avec quelques fèves noires et des bananes plantains frites. Ça c'est délicieux. Les gars commandent une bière. Notre dîner nous coûte 35 pesos chacun, soit 1.34 $US et pour la bière, c'est en dollar US uniquement qu'ils ont le droit de la vendre. Nous réglons notre facture pour le dîner et nous quittons le restaurant sans savoir que la serveuse avait oublié de nous charger ces bières. Nous ne savions pas de quelle façon cela fonctionnait. Nous avons déjà fait plusieurs pas lorsqu'elle nous rattrape et nous explique que nous n'avons pas payé pour les bières. Nous lui payons avec un pourboire nous excusant de ce malentendu.

Nous reprenons doucement le chemin du retour vers le stade et en passant nous nous arrêtons à un kiosque de légumes où nous achetons pour 10 pesos, 4 belles laitues en feuille, des radis, des petits piments verts. Nous n'avons pas vu de fruits. Lorsque l'on voit quelque chose, si nous en avons besoin, c'est maintenant qu'il faut l'acheter car en repassant plus tard, il se peut très bien qu'il n'y ait plus rien. Ici nous n'achetons pas les denrées dans une grande épicerie, cela n'existe pas. Il y a de petites ( grandeur petit dépanneur) épiceries en $US mais nous n'y avons pas trouvé de fruits ou légumes pas plus que de la viande. Je ne sais pas encore où nous pourrons en trouver.

Au moment de prendre l'autobus il y a beaucoup de gens et lorsque l'autobus s'arrête la foule pousse pour y entrer au point où je me suis fait  frapper au visage. Je me retrouve avec un bobo à la lèvre. Les portes se referment et nous n'y sommes pas montés. Lorsque quelqu'un dans l'autobus nous aperçoit, il nous fait monter en passant devant les gens qui restent. Nous ne comprenons pas bien pourquoi mais comme nous devons bien rentrer, on profite de ce privilège, qui n'en sera pas un….

Vous vous souvenez, l'autobus nous a coûté 3 pesos pour venir. Le chauffeur et la personne qui nous a fait monter flairant la bonne affaire, nous demande 3.00$US pour le trajet. Voyant que nous ne sommes pas d'accord après avoir roulé quelques kilomètres, ils nous font descendre et là……

Nous finissons par parler à quelqu'un de gentil qui nous guide pour savoir où reprendre un autobus. Comme nous ne réussissons pas à avoir un autobus qui s'arrête, il passe tout droit parce qu'ils sont tous pleins à craquer, nous marchons jusqu'à un carrefour où nous croyons avoir plus de chance soit d'attraper un autobus qui viendrait d'une autre direction, ou de tenter de faire du pouce. Nous embarquons finalement dans un camion du genre de celui qui nous a ramené de la plage, mais on ne fait qu'une courte distance et les gens nous conseillent de descendre à un arrêt d'autobus officiel où il y a une femme contrôleur. Nous lui disons à quel endroit nous voulons nous rendre et elle nous prévient le moment venu. Nous regardons avec intérêt la façon dont elle travaille et nous apprenons que tous les véhicules dans lesquels il y a une place disponible doivent s'arrêter à son signal pour qu'elle y fasse monter quelqu'un qui fera un bout de chemin avec ce transport privé. Le contrôleur a une petite banque avec elle et lorsque quelqu'un est placé dans un véhicule privé il y dépose des pesos. L'autobus nous laisse là où nous l'avons pris le matin et nous marchons de nouveau 30 minutes pour retourner à la marina. Nous rentrons chacun à notre bateau, satisfaits de notre journée mais nous ne nous ferons pas prier pour aller dormir tôt.

Mardi, 20 avril 2004

Journée au bateau.

Planification de la route à venir.

Dans l'après-midi Gaétan va à terre et y rencontre le docteur du port à qui il demande à quel endroit nous devrions nous rendre pour voir un spécialiste pour mes oreilles car j'ai toujours ce problème d'otite. Le mieux serait d'aller dans un hôpital international. Il y en a un pas très loin de Bahia de Nipe où nous devons nous rendre demain, si le vent fini par se calmer un peu. Nous verrons bien.

Il revient me chercher pour que nous allions avec les 2 autres équipages prendre une bière au bar de la marina car nos routes se séparent à partir de demain.

Mercredi, 21 avril 2004

Nous avons quitté Bahia de Vita ce matin à 09h15. Gaétan a passé 1 heure à terre avec le responsable du port afin de préparer les documents nécessaires pour la poursuite de notre séjour à Cuba. Ce qui nous a coûté un autre 15.00$US, c'est le " crusing permit ".

Nous avons fait une partie du trajet au moteur, mais pas uniquement. Nous avons eu l'occasion de faire de la voile, au près, de travers, au grand largue et finalement au vent arrière. Le vent était du nord-nord-est de 15 à 20 nœuds avec des vagues de 4 à 6 pieds. Ça c'est la hauteur de la vague, ce qui donne des creux de 8 à 12 pieds. Elles n'étaient pas belles, un peu coupées, probablement à cause du courant légèrement de travers. Nous nous sommes donc fait brasser le camarade toute la journée.

Notre belle surprise aujourd'hui, une très grosse tortue de mer qui est passée tout près de nous en nous faisant des By, By de son bras avant !

Nous jetons l'ancre dans la très grande baie, Bahia de Nipe. Il est 17h10 après donc 8 heures de navigation et, quoique notre radio VHF soit ouverte sur le 16 depuis 1 heure environ, personne ne nous a contacté. Nous avons fait quelques appels à la guarda qui sont demeurés sans réponse.

Position     20 46.260

            075 34.525

Mercredi, 21 avril 2004 (bis)

Je reviens avec la fin de cette journée, 30 minutes après avoir jeté l'ancre. Gaétan est dehors à ranger et je suis à l'ordinateur pour vous écrire quelques mots. Il me dit " nous avons de la visite ".  C'est bien entendu les gens de la guardia. Ils sont 3. 2 montent sur le bateau en retirant leurs chaussures et restent à l'extérieur. Ils nous demandent notre " cruising permit ", nous posent quelques questions tout en prenant la bière ou un coke que je leur ai offert. Ils sont polis, gentils, et ils ne parlent que l'Espagnol ce qui nous fait pratiquer. Nous leur demandons si nous pourrons aller à terre avec notre zodiac car dans notre guide il est dit que ce n'est pas permis.  Ils nous disent qu'il n'y a aucun problème. Nous parlons des prochains ports que nous aimerions visiter et ils nous donnent leurs opinions.

Voilà, à bientôt pour la suite……

Jeudi 22 avril 2004, Baya de NIPE

Vers 06h00 du matin nous nous éveillons avec de la musique. On se dit qu'ils sont bien tôt à cet hôtel à mettre les touristes dans l'ambiance, mais nous nous trompons. Nous l'apprendrons un peu plus tard. Ce sont les jeunes du camp que l'on entend et c'est très beau, c'est quelque chose qui nous berce presque…

Nous finissons à peine notre petit déjeuner que nous avons de nouveau la visite des hommes de la guarda. Bon que veulent-ils encore ? Ils montent à bord et comme ils ne parlent que l'espagnol cela nous prend un peu de temps avant de comprendre qu'ils croyaient que nous repartions ce matin et que leur " capitane " nous fait dire que nous devons poursuivre notre route. Nous leur expliquons que nous devons aller à l'hôpital pour mon problème d'oreille.

L'un d'eux contacte leur " capitane " sur leur 16 et nous obtenons la permission de demeurer ici pour la journée, mais demain nous devrons partir. Ils ne se soucient guère de la météo et des conditions de navigation. Nous verrons bien demain.

Une fois prêts, nous nous rendons à terre et un des hommes qui est venu sur le bateau hier lorsque nous sommes arrivés nous accompagne jusqu'au camp pour jeunes qui est tout près. Il s'informe pour savoir si le " doctor " peut nous recevoir. Nous nous rendons à son bureau. Il nous reçoit immédiatement. Je crois qu'il n'avait rien d'autre à faire de toute façon ! Dans son bureau il y a : un bureau et 2 chaises, c'est absolument tout ! Nous lui exposons ma situation et il fait un examen. Il n'a aucun instrument et regarde dans mon oreille juste comme cela, sans lumière ni rien d'autre. Il palpe la région autour de l'oreille et, suite à nos explications, nous recommande de nous rendre à un hôtel pas très loin où un médecin habitué avec les touristes, donc mieux équipé, pourra me recevoir. Son opinion à lui, c'est que si les antibiotiques ne règlent pas le problème c'est qu'il n'y a pas d'infection et que le problème a une autre origine. Nous demandons le chemin à suivre et on nous dit de patienter, ils vont nous conduire en " ambulance ". Nous leur expliquons que cela n'est pas nécessaire, que nous marcherons, mais on comprend que l'on ne peut pas circuler librement.

Nous nous trouvons sur une île qui est en fait un parc naturel où sont gardés des animaux tel que des antilopes, des dromadaires, des zèbres etc. Une espèce de zoo où les animaux sont libres de leurs mouvements. L'hôtel où nous nous rendons offre des safaris photos sur cette île.

L'ambulance, c'est un véhicule du type " éconoline " dans lequel on retrouve un brancard et 4 chaises de métal fixées au plancher, le tout datant d'une époque lointaine. Mais ça roule et on le met à notre disposition alors on ne peut refuser une telle opportunité !

Essayer de vous mettre en situation : tout se passe en espagnol et tout nous est inconnu. De mon côté, le simple examen du premier médecin a réveillé la douleur. Une certaine angoisse se manifeste mais mon chum se fait rassurant et je n'ai pas vraiment le choix, il faut bien trouver une solution à ce problème.

Nous nous présentons à l'hôtel qui est de style africain. Nous nous croyons en brousse ce qui rend notre expédition un peu insolite. Notre arrivé est déjà attendue, le jeu du téléphone ça fonctionne !!

On nous fait attendre et on comprend que des démarches sur notre situation sont en cours mais nous ne savons toujours pas la suite lorsque, sans avoir vu le médecin, le conducteur de l'ambulance nous invite à remonter. Et nous voilà repartis vers le camp de jeunes. Il nous explique que le médecin de l'hôtel ne se sentait pas mieux outillé pour nous aider et que nous devrons nous rendre à un hôpital pour voir un spécialiste.

Une fois au camp le " capitane " de la guarda vient nous voir et fini par nous dire qu'il nous autorise à sortir de l'endroit …… en ambulance.

Nous ne savons pas où nous allons, ni à quelle distance est cet hôpital, ni les coûts qui seront reliés à tout cela, mais nous voilà partis.

En traversant l'île nous apercevons plusieurs animaux qui nous font vivre un véritable safari. En tentant de détendre l'atmosphère on se dit que le voyage nous aura au moins permis de profiter de cette excursion. Tout le long du trajet nous admirons les merveilleux paysages montagneux qui s'offrent à nous.

Nous avons roulé pendant une heure et nous voici à l'hôpital. Notre conducteur se rend au bureau du directeur. Nous étions attendus. Nous patientons quelques minutes à peine et un médecin qui parle anglais vient nous voir. Nous reprenons les explications depuis le début et il nous dit de patienter, nous verrons un " " " spécialiste " " " en O.R.L.. Bravo, c'est pour cela que nous sommes venus.

Je demande à quelqu'un de m'indiquer où je peux utiliser des toilettes. On me dirige dans une des chambres. L'environnement est très, très très, sale et complètement dénudé. Il n'y a rien ou presque, un lit avec un très mince matelas sans drap où se trouve allongée une pauvre vieille dame, son mari est à son côté et les restes de ce qui a été son repas sur une gamelle en aluminium. J'ai le cœur serré. Il y a bien une toilette dans cette chambre, bien sûr. Il n'y a pas de siège, ça c'est normal, et pas de papier non plus mais c'est comme cela partout, le pire c'est qu'il n'y a pas assez d'eau pour chassé ce qui se trouve dans la toilette et pas d'eau au lavabo pour se laver les mains….Je me dis que cela promet pour le reste…

À mon retour le médecin qui parle anglais revient avec le spécialiste et nous les suivons. Le spécialiste a été mis au courant de ma condition et, comme il parle quelques mots d'anglais, nous arrivons à nous comprendre. Dans son cabinet il y a une chaise d'examen, un petit bureau et une armoire, de très vieux meubles on le comprend mais une telle saleté, c'est difficile à accepter. Ma référence pour vous illustrer le cabinet se serait le plus vieil hôpital de Montréal, sans service d'entretien ménager et des équipements qui sont trop vieux pour que vous en ayez déjà vu ! Sauf dans un musée!!

Le spécialiste a un ancien instrument rond devant un œil qui fonctionne avec le reflet d'une lampe qui vacille selon l'intensité de l'électricité disponible. Il examine les deux oreilles et pratique un examen au toucher. Il me dit qu'il doit nettoyer mes oreilles. Je respire un peu mieux lorsque je le vois revenir avec une bouteille d'eau stérile neuve et une seringue dans son emballage d'origine, car tout le reste est tellement douteux, entre autres, il utilise un vieil essuie à mains que nous aurions utilisé comme guenille depuis bien longtemps. Une fois le nettoyage terminé avec l'eau il confectionne des " Q-Tips " à partir d'une boulle d'ouate qu'il roule sur des baguettes de bois qui n'ont pas un usage unique. Il applique un onguent et c'est terminé. Je tente d'en savoir plus sur ce qui se passe avec mes oreilles mais c'est très limité comme échange possible.

Il nous accompagne jusqu'au médecin qui parle anglais et celui-ci nous remet des gouttes que je devrai utiliser dans les 2 oreilles, aux 4 heures pendant 10 jours et des comprimés d'un médicament anti-inflammatoire 2 fois par jour pour 10 jours également, ne pas me baigner et surtout pas de soleil durant ce temps. Il s'assure que j'ai encore des antibiotiques pour au moins 5 jours et c'est tout. Moi je tente de savoir ce que le spécialiste pense du fait que cela traîne depuis longtemps, mais cette question demeure sans réponse.

Et vient le moment de régler la facture. Je m 'attends au pire mais c'est très raisonnable, l'ambulance, $20.00, le médecin, $25.00, les médicaments, $20.70, total, $65.70. Pour eux c'est une fortune, un médecin gagne environ $25.00 par mois !

Il n'y a donc pas eu de longue attente pour nous et nous sentons très bien qu'il s'agit là d'un traitement de faveur avec lequel nous ne sommes pas très à l'aise. Nous croyons que, pour eux, c'est la seule façon de traiter avec les touristes. Les $$$américains prennent beaucoup d'importance nous le constatons chaque jour.

Nous reprenons l'ambulance. Une belle balade d'une heure. De retour au bateau nous avons bien hâte d'aller manger un morceau car en partant ce matin nous n'avions pas prévu que nous partions pour si longtemps, nous n'avions donc pas de quoi dîner avec nous.

Il fait si chaud que la première chose dont nous avons envi c'est une bonne bière froide. J'accompagne Gaétan (c'est une exception !). Nous nous préparons un petit goûter et nous nous installons dehors et qui pensez-vous s'amène ? Les hommes de la guarda !

Ils montent à bord et demandent des nouvelles de notre visite, mais nous comprenons qu'ils sont déjà au courant de tout. Alors, quel est le but de cette 3ème visite ? Ils veulent s'assurer que nous partons demain. Nous leur disons que cela est fort possible mais que cela dépendra aussi de la météo. Nous leur demandons si nous pouvons aller à terre et la réponse est NON. Et là Gaétan s'impatiente un peu mais demeure calme. En quittant Baya de Vita nous avons avec nous notre " dispacho " qui indique notre prochaine destination qui est Bahia de Nipe ce qui, en principe, nous donnes le droit d'aller à terre.. Ils repartent et nous mangeons.

Après le dîner, je suis fatiguée. Je me repose un peu alors que Gaétan se rend à terre discuter avec les même gars de la guarda afin de faire valoir son point de vue. Il discute comme cela 1 heure de temps. Bravo pour la leçon d'espagnol. Il revient satisfait de son entretien en me disant que les gars sont d'accord avec lui mais que ce ne sont pas eux qui décident !!

En fin de journée la musique et les chants sont au rendez-vous et si j'avais pu j'en aurais fait un enregistrement tellement c'est beau et typique…

La baie où nous nous trouvons est immense, C'est assez vaste pour qu'il y ait son propre système au niveau météo. Nous y sommes seuls, aucun autre visiteur. C'est assez étrange. Nous avons le sentiment d'être des pionniers. Lorsque nous sommes arrivés à Bahia de Vita nous étions le 47ième bateau étranger à y entrer depuis le début de l'année, rien de comparable avec les Bahamas.

Voilà pour aujourd'hui.

À bientôt

Vendredi, 23 avril 2004

Nous avons quitté Bahia de Nipe ce matin à 07h30 avec un vent de face, des vagues coupées et un courrant contraire.

Vers 15h00 nous avons communiqué avec la guardia de Bahia de MOA oÙ nous devions nous arrêter mais, ils ont refusé de nous laisser entrer. Nous avons donc été forcés de poursuivre.

Heureusement le vent s'est calmé un peu et nous avons pu faire de la voile au près pendant un certain temps.

Après ces 8 heures dans la " machine à laver " nous n'étions pas du tout emballés à l’idée de devoir poursuivre, d'autant plus que nous pensions devoir faire une approche de nuit pour l'entrée à Baracoa.

Les choses se sont assez bien passées et nous avons jeté l'ancre à 19h30. Il faisait encore assez clair. Nous avons vécu 12 heures de ce régime…

Les 2 dorades que Gaétan a réparées ont passé le test. Elles ne coulent plus. Cependant, celle qui se trouve au-dessus de la bibliothèque de la table à carte n'est pas étanche ; nous avons dû éponger un beau dégât d'eau de mer et ajouter cette réparation à faire sur notre liste. Cela vous donne quand même une bonne idée des vagues qui ont atterri sur le pont.

Bien entendu nous avons eu la visite de la guardia. 2 hommes à qui nous avons demandé s'ils parlaient anglais afin de nous faciliter les choses. Mais non, nous ont-ils répondu. Nous avons échangé Gaétan et moi quelques mots en français, rien de compromettant heureusement car en quittant le capitaine nous a souhaité de passer un bon séjour à Baracoa, en français, s'il vous plait ! Ils ont fait les procédures assez rapidement et nous étions bien contents de les voir repartir..

J'ai pris une douche plus que méritée après tous ces embruns. Malgré le dodger nous avons été bien salés et le bateau est un vrai bloc de sel.

Le mouillage est plus que houleux ce qui, je l'espère, nous bercera tranquillement et nous permettra de faire un beau dodo.

Au moment où j'écris ces quelques mots Gaétan est à son tour à la douche et nous souperons légèrement avant d'aller dormir car nous sommes épuisés.

Position;   20 21.047 N

           074 30.173W

Bahia de BARACOA

Bonne nuit et à bientôt.

Mardi 27 avril 2004

Bonjour à tous.

Nous avons quitté Bahia de Baracoa hier matin vers 08h00. Nous avons eu du beau temps.

Par moments à la voile et par d'autres au moteur.

La nuit a été tout étoilée et ce matin, par grand calme, nous avons fait du pain, nous avons nettoyé les fenêtres, fait 3 brassées de lavage, séché au soleil, rangé et nettoyé.

Nous avons jeté l'ancre à 12h00 après 28 heures de navigation et nous attendons actuellement les hommes de la guarda.

À la marina Pérouges est amarré sagement. Nous avons bien hâte de revoir et de parler à Cécile et Michel et très probablement de partager un Ti-Punch tous ensemble!

Ce n'est pas pour "écoeurer" le peuple mais ici, il fait très beau et surtout très chaud, du genre des grosses canicules du mois de juillet à Montréal. Nous cherchons l'ombre et le petit souffle d'air disponible.

Bonne journée à tous

Position     19 58.989N

            075 52.442W

Bahia Santiago de CUBA